COSMOS' CARNAVAL

                                                                             Chantier en cours

 

Science-fiction. 

Dans un futur très lointain, les généticiens, flanqués de quelques institutions complices, ont installé leur pouvoir dans toute la galaxie. Les biotechnologies reconstruisent le monde originel à l'image de l'homme et de ses démangeaisons : quête du pouvoir, manipulation du vivant, névroses diverses. Les chimères prolifèrent, les vaisseaux spatiaux sont  des créatures vivantes, avec des cerveaux si sophistiqués qu'ils peuvent prédire l'avenir.

La découverte d'une planète malade, proliférante, révèle l'horreur ultime que ce monde de bricoleurs du vivant a engendré. Certaines chimères auraient-elles déjà pris le pouvoir ?

 

Les premières lignes :

             Jack Labirinte avait l’habitude de voyager seul.

 

 

             Son métier d’écrivain l’obligeait à de nombreux déplacements et à de multiples résidences sur toutes sortes de planètes. Quand il le pouvait, quand les nécessités biologiques de la vie ne l’obligeaient pas à vendre son talent, il écrivait des essais littéraires, des chroniques corrosives sur l’évolution de l’humanité, ou de simples monographies sur toutes les planètes qu’il avait visitées. Mais souvent, pour survivre, il devait louer ses services tantôt à quelque militaire souhaitant édifier le monde avec le récit de ses dernières campagnes dans les régions les plus reculées de l’univers, tantôt à quelques gras gouverneurs de colonies.

 

            Ce voyage-ci touchait à sa fin.

            Glissant lentement dans le noir de l’espace interstellaire, le Nautilus dépassa les dix lunes bleues artificielles qui gravitaient autour de la planète Verlaine 53.

            Fine sculpture racée, l’astronef ressemblait à un grand oiseau marin blanc, un voilier géant aux lignes pures.

            C’était une petite merveille d’élégance et d’intelligence.

            Surtout, aucun autre vaisseau spatial de ce type-là ne possédait une bibliothèque comme la sienne qui ne contenait pas moins de douze mille volumes papier et une quantité non négligeable de disques enregistrés de tous formats, de livres numériques, le tout datant des XXe  et XXIe  siècles.

Cette bibliothèque avait été aménagée dans la partie centrale, la plus sécurisée, de l’appareil et personne ne pouvait y pénétrer sans l’autorisation du propriétaire.

             En fait, le reste du vaisseau avait grandi autour.

 

              Laissant généralement au Nautilus la responsabilité de la navigation, Jack passait le plus clair de son temps à lire ou écrire dans cette bibliothèque.

              C’était son lieu de travail. Des meubles dans un bois noir provenant des plantations des planètes domestiquées contenaient les livres. Regroupés en ilots, en spirales,  ils reproduisaient d’une manière simplifiée la structure de l’univers. Aucune cloison, virtuelle ou réelle, ne séparait les documents entre eux. Les registres, les thèmes, les contenus étaient mêlés : ce qui présidait au principe de rangement était plutôt l’association d’idée, la géographie, les tensions, les répulsions, les harmonies entre les contenus qui, ainsi, entretenaient une sorte de conversation, un débat intellectuel.  Au centre de ce labyrinthe, se dressait une vaste table couverte de documents, de disques, de brochures.

              Cette bibliothèque était une galaxie au sein de la galaxie.

 

 

              Soudain, dans les parois du vaisseau, un battement sourd et régulier, un pouls vivace,  monta en puissance, s’accélérant, sans révéler toutefois la moindre appréhension. L’astronef avait sans doute détecté un objet ou un événement inattendu dans le secteur qu’il traversait actuellement. Jack abandonna ses travaux et la retraite tranquille de la bibliothèque. Lorsqu’il arriva devant les écrans du poste de pilotage, une sorte d’oiseau noir accostait le Nautilus. La Princesse des airs.

Au bord de la mer morte de Mars, il y avait une petite ville blanche silencieuse. Déserte. On n'y voyait âme qui vive. Des lampes solitaires brûlaient toute la journée dans les magasins. Les portes des boutiques béaient, comme si les gens avaient décampé sans prendre le temps de les fermer à clé. Des revues, apportées de la Terre le mois précédent par la fusée d'argent, palpitaient, à l'abandon, jaunissantes, sur des présentoirs métalliques devant les drugstores silencieux.

Ray Bradbury, Chroniques martiennes, folio SF, 2003

© 2013, Philippe Gicquel

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