LABYRINTHE, MES CHEMINS # 1

                                                                                                                  Chantier en cours

 

Un essai littéraire aux multiples facettes. Pensées philosophiques à la manière de Montaigne, souvenirs, morceaux choisis de carnets de voyages, bribes poétiques, listes, voire contes et brefs récits.

 

 

 

 

     N’importe quel paysage.

     Truffé de jadis, de naguère, labouré ou délaissé par l’aujourd’hui.

     Rien d’autre qu’un chaos minéral, végétal, de granit, de vase, d’argile, de terre, engoncé, haut perché, humide, frais, tiède, gelé,

     où les géométries humaines sont un moment du désordre.

 

 

 

     Porter au-dessus de l’herbe fauchée par le vent la joie du simple fait d’exister.

 

 

 

     L’odeur de la Terre est intermittente.

     Une simple ville suffit à la bâillonner.

 

 

 

     Souvent, lassés de parcourir l’horizon, les oiseaux se posent ici.

     Depuis toujours, quelque chose au-dedans d’eux, leur indique le chemin.

     Le pays est un blanc territoire, un balcon sur la mer où d’anciens moulins désailés perdurent sous les pattes de chat du soleil, où de vieux murets de pierres sculptent les frontières de parcelles minuscules.

     Que caressent les vents salés estivaux.

     Que ronge la canicule de juillet

     Où l’eau, emprisonnée dans un labyrinthe d’argile, se consume sous la lumière.

 

 

 

 

     Ce paysage n’est pas sonore.

     Ce paysage est immobile. Comme le sont les déserts ocre, les cailloux au fond du torrent, les meubles anciens rouges «sang de bœuf » dans les maisons assoupies.

 

     Couchés sous le soleil, les marais salants comme un immense caméléon d’eau, alternativement gris, bleu, vert, sombre, lumineux, frères virtuels et  liquides  du ciel, où glisse l’image des nuages ordinaires, où s’inversent, l’été, les tas de sel posés sur  les ladures.

 

 

     Le déjeuner de ce jour fut uniquement composé d’œufs de pigeon et de lithodomes. Harbert avait trouvé du sel déposé dans le creux des roches par évaporation, et cette substance minérale vint fort à propos. 

 

 

 

     Arlequiné, métissé, érodé, rongé.

     Le paysage se tient, à tout instant, au bout de l’histoire.

     Comme ces vieilles églises amputées, reconstruites, remaniées. Edifices où se mêlent roman, gothique, baroque.

     Comme ces peuples que les longs voyages, les déambulations terrestres ont laminé, enrichi, remodelé.

 

 

 

     A La Turballe, tard le soir, en juillet et août, les cafés jacassent.

     En octobre ou novembre, les eaux grises de l’hiver ramènent le silence.

 

 

 

 

 

Le déjeuner de ce jour fut uniquement composé d’œufs de pigeon et de lithodomes. Harbert avait trouvé du sel déposé dans le creux des roches par évaporation, et cette substance minérale vint fort à propos. 

Jules Verne, L’Ile mystérieuse, Editions Gründ, 2005 

 

© 2013, Philippe Gicquel

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